Les yeux et la fonction visuelle chez l’enfant

La fonction visuelle est essentielle : prévenons l'avenir visuel de nos enfants !

Les yeux et la fonction visuelle chez l’enfant

La fonction visuelle est essentielle car son évolution harmonieuse conditionne non seulement l'avenir visuel de l'enfant (acuité et vision du relief) mais aussi son développement général et ses acquisitions (2/3 des informations sensorielles nécessaires au développement étant visuelles).

 

 

Que voit l’enfant ?

 

Un nouveau-né voit très bien ce qui se trouve à 20-30 cm de lui (il voit jusqu’à 75 cm mais flou).

Sa pupille est peu mobile et très serrée.

Son champ visuel est petit à 30 degrés, 60 degrés à 5 mois (170° pour un adulte).

Il voit également les couleurs s’il y a un fort contraste.

Vers 2 mois, le bébé reconnaît le visage de ses parents, vers 3 mois il reconnait des objets familiers et davantage de détails. Pour stimuler sa vision, vous pouvez placer votre visage près du sien pour qu’il puisse vous observer, ou placer un mobile au-dessus de son lit.

A 5 mois il voit les couleurs presque comme un adulte, et il commence à percevoir les reliefs.

Vers 6 mois il voit bien les petits objets, les couleurs de base, et commence à percevoir les distances. Pour stimuler sa vision vous pouvez faire des grimaces, ou placer des objets différents devant lui.

Autour de 18 mois il s’intéresse aux images dans les livres.

A l’âge de 2 ans son acuité visuelle est proche de celle d’un adulte.

 

 

Pourquoi les bébés ont souvent les yeux qui paraissent bleus ? A quel âge la couleur se fixe-t-elle ?

 

Ce qu’on appelle couleur est en fait la couleur de l’iris, diaphragme situé entre 2 éléments transparents, la cornée en avant, le cristallin en arrière, percé de la pupille.

A la naissance l’iris est immature, la pupille est peu mobile, on constate soit une coloration franchement brune soit un intermédiaire entre le gris plus ou moins prononcé et le bleu.

En fait les pigments qui donnent une coloration sont immatures à la naissance et si le brun va s’intensifier légèrement en quelques semaines, le gris bleu va se fixer et peu évoluer ensuite après 6 à 8 mois et très peu jusqu’à l’adolescence.

Entre le brun franc et le bleu clair existent des nuances liées à la texture de l’iris et à la présence plus ou moins dense de pigments bruns. Ces caractéristiques sont liées à l’hérédité (patrimoine génétique).

 

 

Quel est le suivi classique de la vue pour les bébés ?

 

Comme on le voit dans le carnet de santé, en fonction de l’âge divers examens seront pratiqués : acuité visuelle œil par œil, recherche de strabisme, recherche de troubles du comportement oculaire (« poursuite »), examen des reflets pupillaires et un peu plus tard vision des couleurs.

 

Il y a cependant quelques âges clés :

-       Dans les premiers mois pour détecter des anomalies importantes

-       Vers 3 ans, un examen précis systématique est indispensable, en particulier pour chercher une amblyopie

-       Vers 5-6 ans un examen permettra de détecter des troubles visuels nécessitant parfois une correction optique pour mettre l’enfant dans les meilleures conditions pour son entrée au CP (apprentissages majeurs)

 

Sont impliqués dans tout ce suivi :

-       Le pédiatre en premier lieu : il connait les examens à réaliser, le contexte familial, les antécédents, les éventuels soucis pendant la grossesse (ex. toxoplasmose), il peut solliciter pour des dépistages l’orthoptiste et l’ophtalmologiste

-       L’orthoptiste : il s’agit d’un auxiliaire médical particulièrement formé et équipé pour le dépistage des troubles visuels de l’enfant (bébé-vision, tests spécifiques pour les enfants) et pour pratiquer des rééducations.

-       L’ophtalmologiste seul à même d’effectuer les mesures objectives sous gouttes des caractéristiques de l’œil, d’examiner toutes les composantes de l’œil, de faire l’examen du fond d’œil, de prescrire des verres correcteurs, et éventuellement de pratiquer une chirurgie, chirurgie souvent réalisées aujourd’hui par des ophtalmologistes spécialisés.

 

 

Quel est le but des examens de la vision ?

-       Identifier les éventuelles anomalies congénitales ou héréditaires, d’où l’importance des renseignements fournis par les parents

-       Évaluer la fonction visuelle : acuité œil par œil (est-ce que chaque œil voit bien ?), vision binoculaire (les 2 yeux voient-ils bien ensemble?), vision des reliefs, vision des couleurs (environ 7 à 8% des garçons sont daltoniens, et environ 0,5% des filles)

-       Corriger les défauts optiques (lunettes) qui peuvent pénaliser l’enfant, ainsi que les anomalies fonctionnelles (amblyopie) ou motrices (strabisme) par la rééducation orthoptique voire la chirurgie

 

 Mon bébé louche, est-ce grave ?

 

Le strabisme est la perte du parallélisme des axes visuels, dans une ou plusieurs directions du regard, permanente ou pas, concernant un œil ou les deux yeux.

Il est particulièrement préoccupant s’il concerne toujours le même œil et de façon permanente.

 

Des mouvements oculaires incoordonnés sont habituels au tout début de l’expérience visuelle dans les premières semaines.

 

L’enfant louche-t-il vraiment ?

Par exemple un enfant regardant sur le côté donne fréquemment une impression de strabisme. En effet, le visage à cet âge est de toute petite taille, alors que l’œil est déjà assez proche de sa taille d’adulte.

 

Pour le diagnostic de strabisme, il faut observer les reflets cornéens (sur la surface de l’œil) et observer les photos de famille où on voit très bien les reflets pupillaires en particulier (effet œil rouge ou reflet pupillaire blanc du flash). Les reflets doivent être positionnés au même endroit sur les deux yeux.

 

Ensuite, y compris en cas de doute, le dépistage repose sur un examen orthoptique et un examen oculaire (chez un ophtalmologiste). Un strabisme peut être une urgence (si le strabisme est dû à une cause organique).

La plupart du temps la combinaison de l’examen orthoptique et de l’examen ophtalmologique complet avec en particulier une mesure sous goutte des caractéristiques optiques de l’œil, permettra de démarrer la prise en charge.

 

Le traitement repose systématiquement sur le port de lunettes à verres correcteurs, très souvent sur une rééducation orthoptique et éventuellement sur une chirurgie.

Les lunettes sont donc en premier lieu indispensables et favorisent la réussite de la rééducation.

La chirurgie si elle est nécessaire donne de bons résultats dans une grande majorité des cas.

Idéalement tout doit être réglé avant l’entrée au CP vers 6 ans.

 

 

 

Globalement quels sont les signes qui doivent alerter les parents ?

 

Il faut distinguer plusieurs types de situations qui doivent impérativement alerter.

L’apparition de signes d’appels devant impérativement, à tout âge, faire consulter en urgence :

-       un comportement de l’enfant évoquant une malvoyance : maladresse, chute, comportement inquiétant (l’enfant appuie fréquemment sur son œil), réaction vive de l’enfant si on lui bouche un œil

-       survenue d’un larmoiement clair en dehors des pleurs, associé ou non à une gêne à la lumière (l’enfant détourne les yeux d’une lumière agressive), constatation d’une augmentation de la taille du globe oculaire

-       constatation d’un reflet anormal de la pupille (idéalement photo à amener à la consultation) : au lieu d’un reflet rouge sur une photo prise au flash (reflet normal), un reflet plus sombre ou blanchâtre

-       constatation d’un strabisme ou de mouvements anormaux des yeux ou de la tête (balancement)

-       la plainte d’une mauvaise vision, ou d’une vision double, ou la présence de maux de tête.

 

Un bilan est impératif dans la première année pour les enfants à risque en raison :

-       D’antécédents familiaux toxiques ou ophtalmologiques particuliers, héréditaires ou congénitaux

-       De prématurité ou de petits poids de naissance

-       D’infection en cours de grossesse (toxoplasmose…)

 

Chez les enfants sans signe d’appel ni facteurs de risque, 10 à 15% présentent des troubles visuels asymptomatiques avec risques d’amblyopie (dépistable uniquement avec un examen précis).

Donc pour chaque enfant il faut donc pratiquer de façon systématique un examen de la vue avec consultation spécialisée au besoin, à l’âge de 3 ans.

 

 

L’amblyopie

 

L’amblyopie désigne une différence nette d’acuité visuelle entre les 2 yeux. C’est-à-dire un œil fonctionne normalement, l’autre est faible. Elle peut être organique, liée à un problème anatomique, mais celle qui nous intéresse est l’amblyopie fonctionnelle qui survient sur un œil apparemment normal et pas toujours strabique.

 

Le mécanisme : un œil devient trop dominant, entrainant une paresse de l’autre œil qui ne développe donc pas sa vision.

C’est un phénomène fréquent, 5 à 10% de la population, il n’y a pas de plainte de la part de l’enfant, pas toujours de signes associés, sa découverte repose donc sur un dépistage systématique et précis de la différence d’acuité visuelle entre les 2 yeux donc une mesure séparée de chaque œil, idéalement vers 2 à 3 ans.

 

Ce dépistage peut être réalisé par le pédiatre, ou s’il le souhaite, par un orthoptiste.

En effet le traitement, s’il est démarré tôt (2-3 ans) a beaucoup de chances de succès, mais vers l’âge de 6 ans il est souvent trop tard pour récupérer la vue de cet œil amblyope.

En premier lieu il faut un examen ophtalmologique complet avec une mesure précise des caractéristiques optiques de chaque œil pour une prescription de verres correcteurs indispensables et l’examen du fond d’œil. La rééducation sera entamée et poursuivie par l’orthoptiste jusqu’à l’âge de 6 ans au moins. Il faudra donc de la constance de la part de tout le monde.

 

Le succès du traitement repose sur la coopération entre l’orthoptiste, l’ophtalmologiste, et la famille.