L'enfant et l'écran

L’écran, c’est comme un gros paquet de bonbons : l’enfant est attiré par lui mais gare aux dégâts! 

L'enfant et l'écran

Les écrans (télévision, tablette, téléphone, ordinateur) sont considérés comme une ouverture sur le monde, mais les études montrent que cette exposition présente des impacts négatifs sur les enfants surtout chez les petits de moins de 3 ans. Dès la période anténatale, le cerveau de l’enfant est équipé pour effectuer des acquisitions et des apprentissages. Mais ce cerveau est encore immature et son développement dépend de nombreux facteurs intriqués : génétique, environnement, éducation, culture… Sa malléabilité le rend aussi vulnérable en cas d’expositions délétères (alcool, traumatismes, carences affectives et éducatives). Il est aujourd’hui admis que le bon développement de l’enfant est lié de façon prépondérante à l’attachement affectif avec ses figures parentales dans les premières années de vie ; or être devant un écran à un âge précoce signifie ne pas avoir ces interactions avec son parent, et si cela se reproduit régulièrement et/ou de façon prolongée, cela équivaut à une carence affective et relationnelle.  

Les acquisitions et les apprentissages du nourrisson passent initialement par l’exploration multi-sensorielle de son environnement (le toucher, le goût, les bruits, les odeurs, la vue). Ensuite le parent met du sens sur ces sensations et le communique à son enfant. Devant un écran, l’enfant est seul et passif : l’objet n’est perçu qu’en 2 D (et non 3D comme avec les jeux), les repères de temps et d’espace ne correspondent pas à la vie quotidienne, il y a une confusion entre la réalité et l’imaginaire et les stimulations visuelles et auditives sont plus importantes et moins variées que celles du monde réel. Cela a un impact négatif sur la motricité fine et globale, le langage, la communication et la capacité à interagir, la concentration et la façon d’utiliser son environnement de manière active. Au final, le développement de l’enfant sera de moins bonne qualité, ce qui aura des conséquences sur sa créativité et ses capacités de raisonnement et d’apprentissage. Ce dont l’enfant a besoin pour bien grandir, c’est d’apprendre en imitant l’adulte ou ses camarades, et par la répétition d’une même tâche. Les interactions sociales et émotionnelles sont donc au cœur des apprentissages. Par exemple, pour que le cerveau enregistre un mot et fasse le lien entre le mot et ses différentes représentations, l’enfant doit avoir à côté de lui une personne qui l’aide à faire ce lien, multiplier les expériences autour de ce mot avec différents supports (visuels, auditifs, autres), pouvoir toucher voire mettre à la bouche, et manipuler dans différents contextes. Les émotions perçues autour de ces rencontres et du partage d’intérêt et d’attention sont autant de sources d’informations que de renforcement pour l’apprentissage. 

Evidemment, la très grande majorité des enfants apprécie fortement de regarder les écrans. Souvent, l’enfant refuse son arrêt à cause de la recherche d’une satisfaction immédiate propre à son âge et de la frustration d’être privé de ce plaisir. Le « tu pourras à nouveau regarder la télé plus tard » n’a pas le même sens que pour un adulte. Il s’agite donc ! S’en suit une spirale infernale : parents et enfant veulent avoir le dernier mot… Si le parent arrive à se positionner comme « plus grand et plus sage » que son enfant, cela permettra à l’enfant de s’apaiser. Comme pour les autres apprentissages, l’enfant va apprendre à gérer ses émotions désagréables grâce à son entourage ; cela n’étant pas inné. Et il faut de nombreuses expériences pour réussir à le faire. A tout âge, mais surtout pour les petits, les parents sont un modèle à suivre. Spontanément, les enfants reproduisent le comportement de leurs parents pour manger, pour aller aux toilettes, pour dessiner etc. En tant que parent, il est donc souhaitable d’adapter son propre comportement face aux écrans. Quand l’enfant est dans la pièce, la télévision et l’ordinateur sont éteints, on éloigne son portable et sa tablette sur le temps de jeux, de discussion et de repas avec son enfant, pour faciliter les échanges, le partage et le bon développement de son petit.

Malgré la surenchère de propositions de jeux et de programme à visée « éducatives », les écrans restent néfastes pour le bon développement du cerveau de l’enfant. Il est important de comprendre également que cela aura un impact sur le long terme. Quand la limitation de l’écran est posée de façon explicite, calme, cohérente et stable dans le temps, l’enfant va progressivement l’intégrer et cela va l’aider à grandir tranquillement et harmonieusement. Cela sera alors plus facile les années suivantes : l’énergie que les parents déploient à poser le cadre à leur petit de 2-3 ans ne sera plus nécessaire devant leur grand ado de 15 ans ! L’enfant devenu ado aura une utilisation des écrans contrôlée et un risque d’addiction aux multimédias quasi-nul.

Le « job » du parent est complexe et passionnant (et fatiguant par moment !) : aimer son enfant, le protéger des dangers, prendre soin de lui, répondre à ses besoins physiologiques (faim, soif etc.) et émotionnels (le rassurer quand il a peur, le calmer quand il est en colère etc.), l’accompagner dans son développement et dans sa découverte du monde en étant présent et attentif…. Les parents doivent en permanence ajuster leurs comportements et leurs réponses ; et devant cette permanente remise en question, ils doivent savoir et pouvoir garder le cap de ce qu’ils souhaitent pour leur enfant en fonction de son âge et de ses capacités.

Auteures : Lucie NARCY (Pédiatre), Anne-Cécile BAUR (Psychologue), Estelle WALLON ((pédopsychiatre)

Travaillant au CAMSP (Centre d’Action médico-sociale précoce) de Trappes.

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