Rencontre avec Flavie Bon : PMA et perte d'un enfant.

Derrière chaque projet qui résonne avec le cœur, il y a souvent une histoire de résilience et un parcours semé d'épreuves. Celui de Flavie Bon ne fait pas exception. Entre huit années de combat en PMA, treize transferts d'embryons et la perte bouleversante de sa première fille, Marie-Charlotte, Flavie a traversé les tempêtes les plus arides de la parentalité.

Pourtant, c’est de ce chemin escarpé qu’est née la HOPE Family. Lassée par la solitude des forums anonymes et la froideur des protocoles médicaux où l’humain s’efface parfois derrière le dossier, elle a choisi de transformer son vécu en une main tendue. Aujourd'hui, elle offre aux futurs et jeunes parents ce qui lui a tant manqué : un espace de parole libre, des outils concrets et cette petite lumière pour éclairer les jours de doute.

Dans cet échange intime, Flavie revient sur son histoire, le manque de considération parfois ressenti face au corps médical, et nous explique comment elle a réussi à faire de l’ « anniverciel » de sa fille, le point de départ d'une communauté solidaire. Un témoignage précieux pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, naviguent entre la pluie et le soleil, en attendant leur arc-en-ciel.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Flavie Bon, je suis la fondatrice de la HOPE Family. Je suis gersoise d’adoption, avec mon mari depuis 20 ans et nous avons trois petites filles : une dans le ciel, Marie-Charlotte, et deux sur terre, nos jumelles Prune et Augustine. Après un long parcours de PMA et les épreuves traversées par notre famille, j’ai ressenti le besoin de créer des espaces de soutien, d’information et d’espoir pour les futurs et jeunes parents

Quel a été votre parcours vers la parentalité ?

De la PMA au deuil périnatal : un chemin de 8 ans vers la parentalité

Notre parcours vers la parentalité a duré 8 ans. Mon mari a eu une leucémie lorsqu’il était plus jeune, ce qui l’a rendu stérile. Heureusement, il avait pu congeler son sperme avant ses traitements, ce qui nous a permis plus tard de nous tourner vers la PMA.

Au total, j’ai réalisé 6 fécondations in vitro et 13 transferts d’embryons. Il nous a fallu quatre ans pour avoir notre première fille, Marie-Charlotte, puis encore quatre années pour accueillir nos jumelles Prune et Augustine. Toutes les trois sont issues de la FIV.

Comment avez-vous vécu le diagnostic initial ? Quels sont les premiers sentiments ?

Quand nous avons appris que nous devrions passer par la PMA, nous étions déjà un peu préparés psychologiquement à cette idée à cause de la maladie de mon mari. Mais malgré tout, il y a toujours cette sensation de se dire : “Encore une épreuve… on n’a vraiment pas beaucoup de chance.”

Pendant ma grossesse, nous avons également appris que Marie-Charlotte avait une malformation cardiaque et qu’elle devrait être opérée à la naissance. Mais à ce moment-là, les médecins nous expliquaient qu’après l’opération, elle pourrait avoir une vie normale. Nous étions donc inquiets, bien sûr, mais aussi pleins d’espoir et déterminés à avancer.

Quelle a été l'étape la plus éprouvante physiquement ou psychologiquement durant votre parcours ? Et comment avez-vous vécu cette période ou l'intimité devient soudainement très médicale ? 

L’étape la plus difficile de notre parcours a été la perte de notre fille. Psychologiquement, cela a été un immense bouleversement. En effet l’opération à ses 8 jours de vie n’a pas fonctionnée.

Concernant la PMA, même si le parcours est éprouvant, nous savions depuis longtemps que nous devrions passer par là, donc nous étions préparés à cette réalité. Ce qui est parfois le plus difficile, en tant que femme, c’est cette impression que l’intimité disparaît complètement. Être auscultée en permanence, devoir montrer son corps au corps médical, vivre au rythme des examens et des protocoles… cela finit par devenir lourd mentalement. D’avoir l’impression d’être qu’un numéro pendant les RDV médicaux… ce manque de considération et d’écoute.

Vous êtes-vous sentie comprise par votre entourage à l'époque, ou est-ce justement ce manque de soutien qui a planté la graine de la Hope Family ?

Hope Family : Transformer l'épreuve en un espace de soutien

À l’époque de ma première grossesse, presque personne dans notre entourage n’était au courant de notre parcours. Nous voulions garder cela secret et préserver la surprise pour nos proches. Finalement, cela a aussi créé beaucoup de solitude.

À cette époque, il existait surtout des forums internet, mais il n’y avait pas vraiment d’espace bienveillant, positif et rassurant comme on peut en trouver aujourd’hui. Il y avait surtout un énorme manque d’information et de soutien.

C’est justement ce qui a planté la graine de HOPE Family. J’ai lancé le projet pour le premier anniverciel de Marie-Charlotte, il y a donc 7 ans, avec l’envie profonde que son histoire continue de vivre à travers quelque chose de positif. Je ne voulais pas avoir traversé tout cela “pour rien”. J’avais envie d’aider d’autres familles, de partager des informations, de libérer la parole et surtout de redonner de l’espoir à celles et ceux qui avaient encore envie d’y croire.

J’avais aussi surtout eu envie de garder une trace de tout ce parcours PMA pour le raconter à bébé plus tard, alors j’ai créé des cartes étapes pour me souvenir. Et cela a plus à ma communauté alors j’en ai créé une boutique, que j’ai fait grandir au fur et à mesure des années.

Pourquoi avoir choisi "Hope" (l'Espoir) ? Est-ce un mot qui vous a manqué ou, au contraire, qui vous a porté ?

Le mot “Hope”, l’espoir, est probablement celui qui m’a le plus portée pendant toutes ces années. Même dans les moments les plus compliqués, il y avait toujours cette petite lumière qui me poussait à continuer d’avancer.

Je trouvais important que ce mot fasse partie intégrante du projet, parce qu’il représente exactement ce que j’avais envie de transmettre aux autres familles : le droit de continuer à croire en demain, même après les tempêtes.

C’est pourquoi j’ai créé la plateforme HOPE Family, où l’on retrouve une boutique en ligne fertilité et grossesse, un blog, une vidéothèque… puis HOPE Stories, un podcast pour transmettre des témoignages, et enfin de HOPE Club, pour rassembler des professionnels du bien-être parental et féminin avec un annuaire national pour les familles.

Ce que vous auriez aimé savoir et qu'on ne vous avait pas dit ? 

J’aurais aimé savoir dès le début que les médecins ne détiennent pas toujours toutes les réponses et qu’il ne faut pas hésiter à demander un second avis, changer de centre PMA ou chercher un accompagnement différent si l’on ne se sent pas écouté.

J’aurais aussi aimé qu’on parle davantage de tout l’accompagnement autour : le bien-être mental, les thérapeutes, la médecine douce, le soutien psychologique… Parce qu’on parle beaucoup du médical, mais pas assez de l’humain.

Et surtout, j’aurais aimé qu’on me dise qu’on a le droit de craquer. Que ce n’est pas un signe de faiblesse. Qu’il faut savoir prendre du temps pour soi, savoir lever le pied et surtout de continuer de vivre !

Quel message souhaiteriez-vous adresserà une famille qui traverse une période de doute aujourd'hui ? 

Les conseils de Flavie pour traverser le parcours de fertilité

Je voudrais leur dire qu’ils ne sont pas seuls. Que ce qu’ils ressentent est normal. Dans ces parcours-là, il y a des hauts et des bas permanents. J’aime souvent comparer cela à une vague : parfois on est dans le creux, parfois on arrive à surfer dessus.

Et puis, pour faire un arc-en-ciel, il faut à la fois de la pluie et du soleil. Les épreuves font aussi partie de notre histoire et participent à construire la personne que l’on devient.

Tant que le corps et l’esprit suivent, je pense qu’il faut continuer à avancer vers ses projets et ses rêves. Mais il faut aussi savoir écouter ses limites. Et si un jour le corps ou le cœur sont trop fatigués, alors il faut accepter que d’autres chemins puissent exister aussi.

 

Vous pourrez retrouver Flavie et la Hope Family ci-dessous :

Site web : https://hopefamily.fr/

Lien pour le podcast : ici

Compte instagram : https://www.instagram.com/hopefamily.fr