Le périnée et la vie sexuelle pendant la grossesse et le post partum

Sexualité pendant et après la grossesse, périnée, épisiotomie, ... nous avons interrogé une kinésithérapeute, spécialisée en pelvipérinéologie et lui avons posé toutes nos questions sur ces sujets.

Le périnée et la vie sexuelle pendant la grossesse et le post partum

1) Doit-on adapter sa vie sexuelle pendant la grossesse ?

Quand il n’y a pas de problème de santé, il n’y a pas de contre-indication aux rapports sexuels durant la grossesse, il n’y a pas non plus d’adaptation particulière à mettre en place.

Un conseil cependant, si votre pratique sexuelle vous amène à avoir plusieurs partenaires, utilisez des préservatifs pour vous protéger mais aussi pour protéger l’enfant à naître.

En terme de sexualité, le plus important est de respecter son désir: si on a envie de faire l’amour, on le fait, si on n’a pas envie, on s’abstient. Certaines femmes déclarent avoir une libido exacerbée pendant leurs grossesses, d’autres déclarent le contraire. Pas d’inquiétude, la grossesse est une période à part dans la vie d’une femme, tant au niveau corporel qu’émotionnel. A chacune son histoire, le désir évolue au cours de la vie, rien n’est jamais figé.

2) Comment préparer au mieux son périnée à l’accouchement et le maintenir en bonne forme après l’accouchement ?

Il est essentiel de découvrir son périnée avant l’accouchement, voire avant la grossesse.

Que faut-il retenir ? En quelques mots : le périnée est un ensemble de muscles, de ligaments et de membranes qui ferment le petit bassin en bas (c’est le « sol du ventre »). Si vous voulez repérer l’endroit où se situe votre périnée, posez une main à plat entre les deux jambes, contre la vulve et l’anus (du coccyx au pubis).

Le périnée est percé par trois « tuyaux »: l’urètre (tuyau urinaire), le vagin et l’anus. Le périnée joue un rôle essentiel dans le maintien des organes (statique pelvienne), mais aussi dans la continence urinaire et la continence aux gaz, il contribue également au plaisir sexuel.

Le muscle principal du périnée est le releveur de l’anus, c’est un muscle pair et symétrique, en contact avec les organes pelviens :

- pour contracter le releveur de l’anus, essayez de remonter l’anus comme si vous vouliez retenir un gaz : l’anus remonte et se resserre, les gaz ne peuvent pas sortir [continence aux gaz]; la vessie est informée par voie réflexe qu’elle ne doit pas se vider [continence urinaire] et le vagin remonte et se ferme automatiquement [mobilité vaginale importante lors des rapports sexuels].

- pour détendre le releveur de l’anus, faites comme si vous laissiez échapper un gaz ou comme si vous faisiez pipi (sans pousser) : l’anus redescend et s’ouvre [un gaz peut s’échapper], la vessie est informée par voie réflexe qu’elle peut demander à se vider [« envie de faire pipi »], le vagin redescend et s’ouvre [pénétration possible lors des rapports].

Apprenez à repérer les mouvements du releveur de l'anus, cela vous sera utile pour l’accouchement et après la grossesse. En effet, un périnée trop contracté (hypertonie) peut engendrer des troubles de la continence, des douleurs aux rapports et peut compliquer l’accouchement. Un périnée trop relâché, peut engendrer des des incontinences, des troubles de la posture pelvienne (prolapsus) et des douleurs pelviennes. Un périnée doit être mobile (grande amplitude), tonique et s’adapter aux mouvement de la vie quotidienne (il doit se contracter avant les efforts).

En effet, le périnée subit des pressions tout au long de la vie. On les perçoit surtout au niveau de la vulve, zone de faiblesse du périnée. Certaines pressions sont évitables, d’autres moins. Pendant la grossesse, le poids que le périnée doit supporter est plus important, il peut donc être fragilisé. C’est pourquoi il est essentiel d’essayer de limiter les pressions dans les activités de la vie quotidienne. Voici quelques conseils :

- Dès le début de la grossesse, adoptez une bonne posture : vivez avec le « bas du ventre rentré ». Plus le ventre part en avant, plus les pressions exercées sur le périnée sont fortes.

- Limitez autant que possible la prise de poids (ne grignotez pas entre les repas, mangez équilibré)

- Évitez la constipation: ne poussez pas en apnée pour évacuer les selles car ces poussées « écrasent » le périnée, faites éventuellement des poussées expiratoires. Equilibrez votre alimentation (mangez des aliments riches en fibres, limitez le sucre, buvez de l’eau), adoptez une bonne position aux toilettes (pieds surélevés, dos droit formant un angle de 30 à 45° avec les cuisses), pratiquez une activité physique régulière (la marche par exemple). Durant la grossesse, et même après, une manœuvre bi-manuelle peut parfois aider à évacuer les selles (première main: un pouce est placé en intra-vaginal contre la paroi rectale, les quatre autres doigts à l’extérieur sont en appui entre l’anus et le vagin; deuxième main: l’index est en appui entre le coccyx et l’anus).

- Pratiquez la respiration abdominale et appliquez-la dans les activités de la vie quotidienne : le ventre doit rentrer et non sortir lors d’efforts expiratoires (toux, rire, éternuement, mouchage, ...). Remontez l’anus avant de tousser, rire, se moucher, éternuer, et pendant cet effort expiratoire, rentrez le ventre. Pensez à moucher une seule narine à la fois, cela limite les pressions.

- Évitez de porter des charges pendant la grossesse et dans les deux mois qui suivent l’accouchement.

- Évitez de faire de « mauvais abdos » : ne vous allongez pas sur le dos en remontant le buste ou les jambes. Ces mouvements « écrasent » le périnée et font descendre les organes (prolapsus), surtout après un accouchement!

Préférez, à la place, les abdominaux hypopressifs.

- Après l’accouchement évitez certaines pratiques sportives, comme le trampoline. Les sauts sont très contraignants pour le périnée.

Pour vous rendre compte des pressions qui peuvent s’exercer sur le périnée, il est possible de faire un test : profitez du fait d’être déshabillée sous la douche pour poser votre main sur la vulve ou pour placer le pouce dans le vagin, puis toussez ou poussez ou mouchez-vous (ce sont des efforts expiratoires). Si vous sentez une forte pression, c’est que la contrainte sur le périnée est trop forte. Réessayez ces mouvements expiratoires en remontant préalablement l’anus et en rentrant le bas du ventre au moment de l’effort expiratoire, vous constaterez alors que les pressions diminuent.

Un dernier conseil: pendant la grossesse, ne laissez pas votre vessie prendre le dessus sur votre périnée: buvez de l’eau régulièrement en petite quantité et ne dépassez pas les 2 litres par jour. Limitez le café et le thé. Lorsque vous avez envie d’uriner, contractez votre releveur de l’anus (la vessie saura qu’elle doit patienter) et allez aux toilettes sans courir. Un calendrier mictionnel peut être réalisé pour vous aider à gérer les mictions si celles-ci sont trop fréquentes. Ne faite pas le stop-pipi! De mauvaises habitudes mictionnelles pendant la grossesse, peuvent perdurer après l’accouchement. Soyez vigilante.

3) Conseillez-vous les massages ?

Oui, à condition que la femme se sente capable de pratiquer l’automassage. Toujours bien se laver les mains avant et ne jamais masser une cicatrice qui saigne ou suinte.

- Pendant la grossesse :

Si le périnée est hypertonique ou contracturé (douleur à la palpation), pratiquez l’automassage dès le début de la grossesse : massez entre le vagin et l’anus (noyau fibreux central du périnée) et en péri-anal. Ce massage peut parfois être un peu douloureux. Vous pouvez également associer au massage des contractions/relâchement du releveur de l’anus : contractez 5 secondes, relâcher 10 secondes.

Pour toutes les femmes, à partir du 7ème mois : si le périnée est souple et indolore, le massage n’est pas nécessaire, s’il est ferme et douloureux, massez-le. Un périnée souple s’adaptera mieux à l’accouchement par voie basse.

- Après l’accouchement, notamment en cas d’épisiotomie ou de déchirure large :

Attendre la cicatrisation (15 jours à 3 semaines) puis posez les doigts sur la cicatrice et exercez de légères pressions de façon rythmée. Vous pouvez également mobiliser très doucement la peau pour éviter les adhérences (sans frotter la cicatrice mais en entrainant la peau avec vos doigts, doucement et lentement).

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4) Quels sont vos conseils pour soulager l’épisiotomie après l’accouchement ?

Il est important de bien prendre en charge les douleurs d’épisiotomie. En effet, certaines douleurs non traitées peuvent persister des mois, voire des années. En cas de cicatrice douloureuse :

- Appliquez des compresses fraîches ou de l’eau fraîche (surtout juste après l’accouchement) pour soulager la douleur et limiter l’oedème

- Par la suite, il est possible d’alterner eau chaude / eau froide, sous la douche par exemple

- Lutter contre la constipation pour éviter les effets de poussée

- Pour évacuer les selles, utiliser la manoeuvre bi-manuelle décrite plus haut. Cela permettra de limiter les étirements cicatriciels.

- Massez la cicatrice : en intra et extra vaginal, mais aussi en péri-anal. Ne pas hésiter à demander à son médecin de prescrire une crème anesthésiante pour le massage.

- Ne reprendre les rapports que lorsqu’on se sent prête

Si la douleur est vive et que vous constatez des pertes malodorantes, ou que la cicatrice est tuméfiée ou suintante, ou que vous avez de la fièvre, il est nécessaire de consulter votre médecin.

5) Quand peut-on reprendre une activité sexuelle après l’accouchement ?

Dès qu’on est prête et qu’on en ressent le désir.

Reprendre une activité sexuelle ne signifie pas forcément avoir un rapport intra-vaginal (pénétration). Les rapports peuvent être repris progressivement.

Les grossesses et les accouchements, bien que fréquents, ne sont pas des étapes anodines de la vie. Il est important que chaque femme puisse se réapproprier son corps, à son rythme.

Certaines pilules contraceptives (notamment les pilules dites d’allaitement), le nouveau rythme de vie, les modifications corporelles et hormonales, sont autant de facteurs qui peuvent diminuer de façon transitoire la libido. Il ne faut pas s’inquiéter. Essayez d’en parler avec votre partenaire, il aura peut-être besoin d’être rassuré quant à vos sentiments à son égard.

Un rapport sexuel doit toujours être consenti.

La grossesse et le post-partum sont des périodes identifiées comme à risque pour les femmes: les violences conjugales peuvent apparaitre ou s’accentuer durant ces périodes. Les conséquences de ces violences sur les femmes, le foetus ou les enfants sont majeures. Dans le cas de violences conjugales, les rapports sexuels non consentis sont très fréquents. Si c’est votre cas, essayez de contacter une équipe du planning familial (le secret médical sera respecté, vous ne risquez rien) ou contacter le 3919, (Violence Femmes Info), numéro national d’écoute et d’orientation, gratuit et anonyme, accessible 24h/24 et 7 jours sur 7. N’ayez pas honte de ce que vous vivez, vous n’êtes pas responsable. Ne restez pas seule, l’isolement est une des stratégies de l’homme violent, le secret, son arme.

Un rapport sexuel ne doit jamais être douloureux.

Si lors d’un rapport consenti, des douleurs apparaissent (dyspareunies), il faut en identifier la cause pour trouver le soin adapté. Essayez de repérer le type de douleurs (sensation de brûlure, de contractures, de piqûre, etc), la localisation (douleurs profondes ou superficielles) et les circonstances d’apparition (stress, peur, positions, ...)

Les causes de dyspareunies sont multiples, en voici quelques unes, fréquentes, mais non exhaustives:

- Tissulaires : douleur cicatricielle (récente ou ancienne), il faut alors masser la cicatrice et consulter votre médecin si la douleur est trop vive.

- sécheresse vaginale, ne pas hésiter à utiliser un gel hydratant adapté et/ou un lubrifiant, ne pas vous forcer à avoir un rapport si vous ne le désirez pas.

- infections gynécologiques: consulter votre médecin en cas de doute.

- Endométriose: d’autres symptômes sont alors à repérer.

- Musculaire : contractures ou tonicité trop importante (sensation de vagin fermé, douleur à la pénétration, douleur à la palpation profonde)

- Anatomique : prolapsus ou anté/rétro version utérine (douleurs dans certaines positions)

6) Combien de temps faut-il pour retrouver la tonicité du périnée ?

Tout dépend des femmes et des situations.

Il faut retrouver un périnée tonique et souple, qui s’adapte aux activités quotidiennes.

Il est possible de découvrir son périnée à n’importe quel moment de la vie, il n’est jamais trop tard!

Entretien avec Laure Bourgeaiseau, kinésithérapeute spécialisée en pelvipérinéologie

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